Des outils et méthodes d'accompagnement tutoral

Voici différents outils et méthodes pour soutenir l'accompagnement dans le cadre du tutorat.

L'entretien individuel

Pour Roger Mucchielli [1], l’entretien est une situation d'interaction essentiellement verbale entre deux personnes en contact direct, avec un objectif préalablement posé.

Mener un entretien est une des activités de base du tuteur.
Il doit pouvoir rencontrer la personne afin d’échanger librement avec elle sur son travail et les moyens à mettre en œuvre pour atteindre les objectifs fixés.

  • Prévoir du temps

Idéalement, outre des débriefings informels quotidiens avec le tutoré et des échanges en réunion d’équipe, le tuteur devrait pouvoir organiser avec lui une fois par semaine un entretien individuel, ciblé sur son travail et sa formation.

  •  Prévoir un lieu adéquat

Autre condition pour un entretien réussi : prévoir un local disponible et calme, dans un espace « hors contexte de travail » pour éviter à chacun d’être sollicité par celui-ci. Un lieu de passage, ou la présence d’autres personnes, ne permettront pas au tutoré de se sentir à l’aise pour parler de lui et de son évolution professionnelle.

Conseil

Il peut être intéressant d’établir une charte entre le tuteur et le tutoré, concernant les entretiens. Elle peut par exemple définir leur contenu : informations partagées, cadre matériel (où, quand…),  objectifs, attitudes à y adopter (respect mutuel, non-jugement, honnêteté…), etc.

Types d’entretien

Il sont nombreux. Parmi eux :

L’entretien d’explicitation

C'est une technique de questionnement permettant la verbalisation de l'action et des difficultés éventuelles rencontrées par un élève (apprenant) lors de la réalisation d'une tâche ou la résolution d'un problème ;

L’entretien d’aide

Il vise à faciliter, chez le demandeur, la compréhension, voire la résolution, de sa difficulté rencontrée et évoquée. Il peut contribuer à un changement personnel ;

L’écoute active

Elle est un ensemble de pratiques d’écoute basées sur des grilles de repérage de ce qui est dit, et sur des techniques de relance (questions, reformulations, silences) qui visent à aider, à accompagner la « mise en mots » d’un domaine particulier de l’expérience, en relation avec des buts personnels et institutionnels divers.

Le psychologue américain Elias Porter, collaborateur de Carl Rogers, a mis en en évidence six types d’attitude d’écoute :

  • évaluation – jugement ;
  • interprétation ;
  • soutien – encouragement ;
  • investigation – enquête ;
  • suggestion – conseil – ordre ;
  • compréhension.

Ces ces six attitudes produisent des effets, positifs ou négatifs, sur les interlocuteurs. Il est utile de connaître les effets distincts de chacune d’entre elles sur le tutoré pour que l’accompagnement mis en place produise les effets souhaités. [2] 

L’entretien d’explicitation: (faire) expliciter l’action

La technique d’explicitation de l’action [3] consiste à aider la personne à formuler dans son propre langage ses actions et ce qu’elle en pense.
Lors d’un entretien, un des objectifs du tuteur est en effet d’aider le tutoré à prendre conscience de ce qu’il a fait et de la manière dont il s’y est pris.
L’aider à verbaliser son action et ses éventuelles difficultés peut l’inciter à prendre du recul sur sa façon de travailler et, in fine, à réfléchir à ce qu’il peut mettre en place pour s’améliorer.

Concrètement, comment s’y prendre ?
  • Focaliser l’entretien sur les actions réalisées par la personne.
    Privilégier les questions descriptives, en préférant « comment ? », « quoi ? » à « pourquoi ? ». En effet, si le tuteur demande au jeune : « Mais pourquoi as-tu fait cela ? », ce dernier va plutôt recourir à des justifications, des excuses, des rationalisations ou des jugements, ce qui l’empêchera de prendre du recul sur son action.
    Il vaut mieux dire, par exemple : « Qu’est-ce que tu as fait, ou dit, quand cet enfant a essayé de te donner un coup de pied ? »
  • Afin d’éviter trop de généralités, faire référence à une tâche réelle et spécifique dont le jeune se rappelle (ex : « Lorsque tu as accueilli tel bénéficiaire ce matin… »). L’observation préalable d’une activité menée par le jeune pourra faciliter un échange à partir de faits concrets.
  • Être à l’écoute de la personne lorsqu’elle évoque des émotions ou des jugements, tout en la ramenant à la verbalisation d’une situation, d’une tâche. (ex. : si le jeune porte un jugement sur des bénéficiaires, lui demander d’expliquer une situation vécue).

L’entretien de fonctionnement [4]

  • Cet entretien peut favoriser la discussion à propos du fonctionnement actuel et futur du jeune, en vue d’une part de son optimisation, d’autre part du bon fonctionnement du service.
  • Il permet une mise au point régulière quant à : l’adaptation de la personne dans son environnement de travail ; le soutien dont elle dispose ; ses souhaits et ses intentions pour le futur.
  • De nouveaux objectifs personnels et professionnels peuvent aussi être fixés lors de cet entretien. La présence d’un représentant de la ligne hiérarchique est alors pertinente pour parler au nom de l’institution.
  • En définitive, tuteur et tutoré tireront chacun avantage de la mise en place d’un entretien de fonctionnement. 

Check-list pour évaluer l’entretien

Le tuteur peut se poser les questions suivantes pour évaluer le déroulement de son entretien [5].

L’objectif de l’entretien a-t-il été clairement annoncé ?

Ai-je laissé le jeune s’exprimer ?

  • L’ai-je interrompu ?
  • Qu’ai-je fait pour faciliter son expression ?
  • Lui ai-je laissé le temps de s’exprimer ?

Ai-je manifesté de l’écoute ?

  • Ai-je reformulé ses propos ?
  • Ai-je posé des questions ?
  • Me suis-je assuré de ma juste compréhension ?

Ai-je bien compris son point de vue ?

  • Comment se représente-t-il la situation ?
  • Quelles sont ses priorités et ses attentes ?

Quels moyens me suis-je donné pour évaluer le travail réalisé ?

  • Quels faits me permettent-ils d’affirmer que ses compétences se développent ?
  • Ai-je évalué à partir de faits ou ai-je porté un jugement de valeur ? 

Difficultés : cadrer l’entretien et connaître les limites de son rôle de tuteur

En fonction de ce qu’apporte le tutoré, l’entretien peut aborder d’autres aspects (souvent d’ordre privé ou relatifs à des attitudes problématiques de savoir-être) pouvant avoir une influence sur son travail.

  • Le tutoré présente une attitude problématique au regard du « savoir-être »

En entretien, il peut arriver que la personne adopte une attitude inadaptée (provocation, nonchalance…) qui autorise à présumer une attitude également inadaptée face aux bénéficiaires concernant le savoir-vivre ensemble.

Le tuteur n’ayant pas de supériorité hiérarchique à faire valoir, si certaines attentes ne sont pas respectées, il devra en référer à sa direction ; avoir défini avec elle un dispositif clair lorsque le tutoré ne respecte pas ses engagements lui facilitera la gestion de la situation.
 

  • Le tutoré évoque des difficultés d’ordre privé

Le climat de l’entretien seul à seul est propice à ce que le tutoré se confie à son tuteur sur des difficultés de sa vie privée, qui pourraient l’empêcher d’être pleinement disponible pour les bénéficiaires, le travail.

Mais pour maintenir une relation de qualité, le tuteur doit être conscient des limites de son rôle
D’abord, il écoute et reçoit ce qui lui est confié, tout en évitant de porter un jugement, conseiller ou intervenir dans la vie privée ; puis il invite le jeune à consulter d’autres personnes-relais ou des services spécifiques d’aide, qui seront plus compétents pour trouver des solutions avec lui.

LES MÉTHODES PÉDAGOGIQUES [6]

Pour transmettre son expérience, le tuteur peut utiliser l’une de ces méthodes pédagogiques.

L’explication

Le tuteur expose, explique et le tutoré écoute, cherche à retenir. Étapes :

  1. Repérer les connaissances préalables du tutoré.
  2. Donner les informations et les explications nécessaires pour la mise en œuvre de l’activité, en utilisant éventuellement des supports.
  3. Vérifier la compréhension du tutoré en le faisant parler ou agir.

La démonstration

Le tuteur montre le geste et le tutoré le reproduit. Étapes :

  1. Décomposer la tâche en plusieurs gestes élémentaires, de façon à ce que chacun puisse être appris aisément.
  2. Présenter la situation : le matériel et son utilité, les produits et leur origine.
  3. Faire les gestes en expliquant à voix haute l’utilité de chacun.
  4. Proposer au tutoré de reproduire l'activité en énonçant ce qu'il fait et pourquoi il le fait.

L’expérimentation

Le tuteur fait réaliser l’activité au tutoré. Étapes :

  1. Donner les consignes et les informations nécessaires. Le tutoré se forme alors en agissant et en résolvant les problèmes au fur et à mesure qu'ils se présentent.
  2. Occuper un rôle de « personne-ressource » sur laquelle le tutoré peut s'appuyer en cas de besoin.
  3. Intervenir pour apprécier le résultat et en discuter ensemble.

La méthode d’expérimentation permet de développer l'autonomie du tutoré, ainsi que sa capacité de raisonnement et son aptitude à faire face à des situations nouvelles

L’observation

Le tuteur place le tutoré dans une situation de mise au travail faiblement assistée. Il lui confie la responsabilité de l’activité éducative et se tient en retrait, dans une posture d’observation avec visée évaluative. L’activité réalisée par le tutoré donne lieu à des appréciations formulées soit en cours de déroulement, soit à l’occasion des entretiens de suivi.

L’observation croisée

Le tuteur et le tutoré observent ici une activité exercée par un bénéficiaire ou menée par un autre collègue, et échangent ensuite sur la base d’une grille.
De la sorte, le tutoré ne se sent pas directement en situation d’examen et peut comprendre l’intérêt de l’observation : aider à faire progresser chacun des membres de l’équipe.

Vous pouvez consulter les outils suivants: 

  • Grilles d'observation
  • Accompagner l'observation

La monstration

D’abord, le tuteur demande au tutoré d’observer le fonctionnement général de l’institution.
Puis de l’observer, lui le tuteur, au travail, en commentant ses propres gestes et actions, et en soulignant les finalités et les moyens mis en place pour y parvenir (les gestes du métier et les « principes » qui les fondent).

C’est un moment de type transmission-réception : le tuteur communique au tutoré une multitude d’informations ; moment considéré comme important pour le tuteur, et vécu comme intense cognitivement par le tutoré. 

Mise en pratique/guidage

Le tuteur propose au stagiaire de se lancer dans l’activité en le guidant dans sa pratique avec une certaine distance.
Il observe l’action du tutoré en lui demandant régulièrement de la commenter, afin d’obtenir des indices (ou « organisateurs de l’action ») quant à la finalité de l’action perçue par le jeune lui-même. Le tuteur peut être amené à réexpliquer une action, voire à reproduire une action mal exécutée par le stagiaire. 

Co-animation/co-intervention

La co-animation désigne des « modes » de participation dans lesquels tuteur et tutoré se distribuent des tâches distinctes et complémentaires dans une activité qu’ils réalisent conjointement.

Échange formatif avec support vidéo

Objectif, à partir de la situation de formation visionnée : non pas indiquer au tutoré ce qu’il y avait lieu de faire ou de penser, mais l’accompagner dans la verbalisation de ses choix, de ce qu’il a posé effectivement comme actions.

Ce débriefing doit bien faire apercevoir au tuteur :

  • la manière dont le tutoré a diagnostiqué la situation (quelles informations il a pris en compte pour agir, ce qui l’a alerté) ;
  • les motivations et objectifs de son action ;
  • comment, d’après lui, il s’y est pris (sa perception de la coordination de ses actions).

Autonomie accompagnée

Cette méthode implique une modification dans l’énonciation des consignes ainsi que dans la relation tuteur-tutoré.
Les consignes ne sont plus directives et centrées sur une demande précise, mais deviennent progressivement indirectes et ouvertes. Ici, le tuteur ne dirige plus le tutoré vers une action, il lui propose un champ d’actions.
Cela par une question ouverte (ex. : « Comment vas-tu t’y prendre pour changer plusieurs enfants tout en surveillant l’espace de jeu ? ») ; ou par une affirmation vague propice à déclencher une réaction chez le tutoré (ex. : « Tiens, il est 12 h !... ») correspondant à l’heure à laquelle les enfants prennent le repas. 

Dépasser l’effet « modèle » – Les risques d’un effet modèle dans la relation tuteur-tutoré.

Le tuteur semble avant tout être perçu comme le modèle à imiter, l’expert qui transmet « la bonne manière de faire ». Ne serait-il pas davantage à considérer comme un référent qui accompagne le stagiaire dans une analyse rétrospective des situations éducatives, et qui l’aide à identifier des éléments de cette situation à prendre en compte pour l’amélioration de son action ?

[1] Mucchielli, R. (1972). L’entretien d’aide en relation de face à face. Paris : ESF éditeur.

[2] Les effets distincts des différentes attitudes dans des situations de tutorat sont présentés dans : Bernard Blanc (2003). Développer la fonction tutorale. In Chronique sociale, p. 143-161.

[3] Vermersch, P. (2003). L’entretien d’explicitation. Montrouge : ESF éditeur.

[4] Des techniques d’entretien sont explicitées en détail sur le site de l’Abbet.

[5] Check-list issue de l’Union des caisses nationales de sécurité sociale. In Un guide pour les tuteurs. Paris : Éditions UCANSS.

[6] Inspiré des textes suivants.
1) Carnet de bord : soutien au tutorat et à l’encadrement des stages dans le secteur des milieux d’accueil d’enfants (0-12 ans). PERF, ULg, avec le soutien du Fonds MAE, 2015.
2) Accompagner les personnes en difficulté dans l’emploi. Guide à destination des Tuteurs en Entreprise, 2006 ; www.velay.greta.fr. 3) Filliettaz, L., Rémery, V., & Trébert, D. : Relation tutorale et configurations de participation à l’interaction : analyse de l’accompagnement des stagiaires dans le champ de la petite enfance. In Revue Activités, vol 11, n° 1-2016, p. 22-46.