Qu’est-ce que le tutorat ?

Le tutorat existe quand « la situation de travail est organisée afin de faciliter l’apprentissage progressif du métier dans le cadre d’une relation individualisée et formalisée ». [1]

Un accompagnement formatif 

À la différence d’autres formes de tutorat organisés dans le champ de la formation, il s’agit ici d’un accompagnement formatif :
de proximité (et non d’un tutorat à distance comme dans la formation à distance) ;
en milieu professionnel (et non entre deux apprenants en centre de formation) ;
entre pairs, collègues (et non entre formateur et apprenant, ou entre un travailleur et son supérieur hiérarchique).

Selon Jean-Jacques Boru [2] :

  • Le tutorat suppose l'engagement effectif de l'apprenant dans des situations de travail.
  • Il produit des relations impliquantes entre tuteur et apprenant, notamment en termes d'identification.
  • Il ne consiste pas seulement en une mise en application de savoirs acquis antérieurement ; en rendant le travail formateur, le tutorat accompagne un processus de construction de compétences spécifiques que seules les situations de travail peuvent produire.
  • Il fonctionne comme une prise de recul par rapport au travail. Tuteurs et apprenants échangent à propos du travail, ils disent ce qui est fait, comment, pourquoi... C'est cette verbalisation qui facilite la transformation de l'expérience en savoir.

 Le tutorat permet ainsi de former doublement :

  • par la mise en œuvre de l’activité chez le tutoré ;
  • par la prise de recul par rapport à l’activité chez le tuteur.

Un·e tuteur·rice 

Le tuteur est un professionnel expérimenté (pair, collègue du tutoré avant d’être un expert, formateur) qui, à côté de son activité principale (son métier), est chargé par l’organisation d’intégrer, d’accompagner et de former, en situation de travail, des personnes (les tutorés : stagiaire, nouvel engagé, jeune en insertion…). 
Par son accompagnement sur le terrain, le tuteur contribue au développement de l’identité professionnelle et des compétences professionnelles du tutoré.

Trois fonctions 

Selon Boultin et Camaraire [3] (2001), la mise en place d’un système de référence (tutorat), en particulier dans le cas du tutorat de formation, serait justifiée par trois fonctions :

  • psychologique: le fait pour le stagiaire d’être plus particulièrement accueilli par une personne de l’institution peut favoriser sa confiance en lui-même, et contribuer à un dialogue constructif ;
  • pédagogique: le tuteur soutient l’élève dans ses apprentissages en lui donnant des moyens pour : appréhender la vie de l’institution (par des observations, des échanges, une lecture accompagnée du projet institutionnel) ; intégrer les intérêts et les besoins individuels des bénéficiaires du groupe dans lequel il sera accueilli, avec ses pratiques éducatives privilégiées et leurs fondements ;
  • technique: le tuteur porte un regard et donne un feed-back sur une partie importante des prestations du stagiaire.

Trois dimensions 

D’une façon générale, le tutorat se décline en trois dimensions principales [4] :

  • professionnelle : les tuteurs sont détenteurs de compétences, de savoirs et de savoir-faire qu’ils vont partager progressivement ;
  • pédagogique : ils font bénéficier les apprenants de leurs compétences en les confrontant aux situations de travail. Cette dimension porte sur la communication interpersonnelle, la relation d’apprentissage et la présentation des savoirs ;
  • organisationnelle : le tutorat peut être considéré comme un projet d’organisation où agissent une multiplicité d’acteurs : tuteur, tutoré, responsable des ressources humaines, direction, supérieur hiérarchique, organismes de formation, autres stagiaires, formateurs, pouvoirs publics. Il regroupe un ensemble de moyens humains et organisationnels mis en œuvre pour intégrer et former en situation de travail.

Trois modalités 

Voici les trois modalités les plus courantes de tutorat sur le lieu de travail :

  • le tutorat spontané, le plus pratiqué en milieu professionnel : informelle, cette forme de tutorat n’est reconnue ni dans le lieu de travail ni par une réglementation extérieure. Les tuteurs ne sont pas explicitement identifiés ou désignés en tant que tels, ce qui ne remet pas en cause pour autant l’efficacité de leur accompagnement ;
  • le tutorat institué : il est régi par une réglementation, comme dans les cas de formation par alternance ou de stages en formation initiale ; la « convention de stage » rend obligatoire la désignation formelle d’un tuteur au sein de l’organisation. Ce tutorat se résume trop souvent à une formalité administrative, dont la pratique ne dépasse généralement pas les engagements écrits (d’où l’appellation courante de « tutorat de papier ») ;
  • le tutorat organisé : il incarne pleinement la fonction tutorale sur le lieu de travail. L’activité tutorale y est reconnue et assumée, des moyens sont octroyés aux tuteurs. Dans cette modalité, le lieu de pratique professionnelle est : un lieu de services aux bénéficiaires, en cela que le tutoré y travaille ; et un lieu de construction de compétences, ce qui induit qu’il apprend de ce qu’il fait. Dans cette forme organisée, le tutorat présente l’utilisation du travail à des fins d’apprentissage ; la dimension formative en est le moteur.

Ce site vise à faciliter la mise en place d’un tutorat organisé.

[1] Hubin, A., Le tutorat : un outil d’accueil et d’intégration des nouveaux salariés en entreprise. CERMAT – IAE Tours, Université de Tours.

[2] Boultin, G., & Camaraire, L. (2001). Accueillir et encadrer un stagiaire… Guide pratique à l’usage de l’enseignant-formateur. Montréal : Éditions Nouvelles.

[3] Boru, J.-J. (1996). Du tuteur à la fonction tutorale : contradictions et difficultés de mise en œuvre. In Recherche et formation, n° 22 (1996).

[4] Hubin, A. (2006). Le tutorat : un outil d’accueil et d’intégration des nouveaux salariés en entreprise. CERMAT – IAE Tours, Université de Tours.